Sommaire
En bref
Un défrisage est un lissage chimique permanent : un défrisant très alcalin ouvre la fibre et transforme ses liaisons pour que la boucle ne revienne pas. Les défrisants « à la soude » contiennent de l’hydroxyde de sodium ; les « sans soude » reposent le plus souvent sur l’hydroxyde de guanidine, plus doux pour le cuir chevelu mais plus desséchant pour le cheveu. Dans les deux cas, le produit ne se pose que sur la repousse, jamais sur des longueurs déjà défrisées, et seulement sur un cuir chevelu intact.
Les défrisants, actif par actif
Tous les défrisants ne travaillent pas de la même façon sur les cheveux, et le choix de la technique dépend du type de cheveux, de leur état et de leur passé de coloration. Les hydroxydes (soude, potasse, lithium, guanidine) agissent par un pH très élevé ; les thioglycolates, à un pH plus modéré, coupent puis reforment les liaisons du cheveu.
| Défrisant | Actif (nom sur l’étiquette) | pH de travail | Précaution qui va avec |
|---|---|---|---|
| « À la soude » | Sodium Hydroxide | très alcalin, de l’ordre de 12,5 à 14 | le plus rapide et le plus caustique : base protectrice sur tout le cuir chevelu, temps de pose au chronomètre |
| À la potasse ou au lithium | Potassium Hydroxide, Lithium Hydroxide | très alcalin, comparable à la soude | mêmes précautions que la soude ; « sans soude » sur l’étiquette ne veut pas dire sans alcali |
| « Sans soude » à la guanidine | Calcium Hydroxide + Guanidine Carbonate, mélangés au moment de l’emploi | très alcalin, de l’ordre de 12 à 13,5 | moins irritant pour le cuir chevelu, mais dépôts de calcium et cheveu plus sec : soin hydratant et shampoing adapté |
| Au thioglycolate | Ammonium Thioglycolate, Thioglycolic Acid | 7 à 9,5 | plus doux pour la fibre, mais incompatible avec un cheveu déjà défrisé aux hydroxydes |
Sur l’étiquette : « sans soude » (no-lye en anglais) signifie sans hydroxyde de sodium. Le produit reste un alcali puissant : le flacon porte d’ailleurs la mention « contient un alcali ».
À ne pas enchaîner : un défrisant aux hydroxydes et un produit au thioglycolate sur les mêmes longueurs. Les deux chimies ne se succèdent pas : la fibre casse.
Ce que dit l’étiquette
- 2 %
- d’hydroxyde au plus, défrisant grand public
- 4,5 %
- d’hydroxyde au plus, usage professionnel
- 7 %
- d’hydroxyde de calcium au plus, défrisant « sans soude » à deux composants
- 8 % et 11 %
- de thioglycolate, grand public et professionnel
Les hydroxydes sont autorisés sous conditions par l’annexe III du règlement cosmétique européen (CE) n° 1223/2009, entrées 15a, 15b et 15c. Les concentrations s’expriment en hydroxyde de sodium ; pour un mélange, leur somme ne dépasse pas la limite. Le flacon doit porter :
- pour un défrisant grand public : « contient un alcali », « éviter tout contact avec les yeux », « risque de cécité », « tenir hors de portée des enfants » ;
- pour un défrisant professionnel : « réservé aux professionnels », « éviter tout contact avec les yeux », « risque de cécité ».
Le risque de cécité n’est pas une figure de style : une projection dans l’œil se rince immédiatement et longuement à l’eau, puis se montre à un médecin.
Avant le défrisage
Le défrisage commence la veille, que vous le fassiez réaliser par un coiffeur ou que vous suiviez la notice d’un produit grand public. Les règles de préparation les plus répandues dans les consignes professionnelles :
- pas de shampoing dans les jours qui précèdent, et surtout pas de grattage ni de brossage énergique : le sébum protège le cuir chevelu, une microcoupure laisse passer l’alcali ;
- un cuir chevelu intact : plaques, croûtes, boutons, irritation ou plaie font reporter le défrisage ;
- un test de mèche sur une zone discrète, pour vérifier que le cheveu supporte le produit et repérer le temps de pose ;
- une base protectrice (vaseline, huile ou beurre épais) sur tout le pourtour du visage, les oreilles, la nuque et, pour un défrisant à la soude, sur le cuir chevelu ;
- une protection des longueurs déjà défrisées par une crème ou une huile, pour que le produit qui coule ne les atteigne pas.
Pour quel cheveu : des cheveux crépus ou très frisés, en bonne santé. Un cheveu cassant, sec, sensibilisé par une coloration ou une décoloration, ou fragilisé par un autre lissage récent attend. Le défrisage assouplit puis raidit la boucle : sur une fibre déjà sensible, il casse.
Le défrisage, étape par étape
- Séparer les cheveux secs en quatre quartiers, puis en fines sections. On commence là où le cheveu est le plus résistant, en général la nuque ou l’arrière de la tête.
- Appliquer sur la repousse seulement, au pinceau ou au dos du peigne, à quelques millimètres du cuir chevelu, sans le toucher. Les longueurs déjà défrisées ne reçoivent rien.
- Lisser la repousse au dos du peigne ou aux doigts, sans tirer, pour accompagner la détente de la boucle.
- Respecter le temps de pose de la notice, chronomètre lancé à la première section. Le temps ne s’allonge pas pour « faire plus lisse » : c’est la casse qui augmente.
- Rincer abondamment à l’eau tiède, longtemps, section par section, jusqu’à ce que le cheveu ne soit plus glissant.
- Laver au shampoing neutralisant, plusieurs fois si la notice le demande : il ramène le cheveu vers un pH acide et retire les derniers résidus d’alcali. Certains shampoings neutralisants changent de couleur tant qu’il reste de l’alcali.
- Poser un soin capillaire riche sur toute la chevelure, puis sécher sans chaleur excessive, au séchoir plutôt qu’au lisseur le premier jour.
Un picotement léger est possible, surtout sur un cuir chevelu sensible. Une sensation de brûlure, c’est le signal de rincer tout de suite, quelle que soit l’étape.
Racines contre longueurs : la règle qui évite la casse

Un cheveu défrisé l’est pour toujours : la boucle ne revient pas sur la partie traitée, comme après une permanente la forme reste. Seule une coupe retire les longueurs défrisées. Seule la racine repousse avec sa texture naturelle. D’où la règle d’or des retouches : le défrisant ne touche que la repousse.
Redéfriser des longueurs déjà traitées, c’est attaquer une seconde fois une fibre qui a déjà perdu une partie de sa structure : elle s’affine, devient élastique comme du chewing-gum mouillé, puis casse. La zone la plus fragile est la ligne de démarcation, où cheveu naturel et cheveu défrisé se rejoignent : un produit qui la chevauche la fragilise, un produit qui s’arrête trop tôt laisse une bande crépue qui casse au brossage.
Le rythme des retouches : un réseau de salons conseille de refaire les racines tous les 3 ou 4 mois, sans dépasser trois défrisages par an. Plus l’écart de texture entre racine et longueurs est grand (cheveu très crépu), plus l’attente est difficile, mais c’est elle qui donne assez de repousse pour poser le produit sans chevaucher.
Après le défrisage : l’entretien
Un cheveu défrisé a perdu une partie de sa structure : il manque d’eau, devient plus sec et casse plus facilement, surtout s’il a aussi reçu une coloration. L’entretien tient en quelques règles :
- hydrater les longueurs à chaque lavage, avec un après-shampoing ou un masque, et un soin sans rinçage entre deux lavages ;
- alterner soins hydratants et soins protéinés, sans abuser des protéines qui rigidifient la fibre ;
- limiter la chaleur : le lisseur, s’il sert, passe sur des cheveux protégés, et pas tous les jours ;
- démêler des pointes vers les racines, sur cheveux humides et nourris ;
- surveiller la démarcation, où le cheveu casse en premier : pas de tension, pas de coiffure serrée qui tire sur cette zone.
Le défrisage d’un enfant n’a rien d’anodin : le cuir chevelu est plus fin, et la plupart des notices de défrisants grand public ne le prévoient pas. Chez l’homme, les règles sont les mêmes ; sur cheveux courts, la repousse se voit plus vite et les retouches se rapprochent.
Ce qui fait arrêter, et quand consulter
Ne redéfrisez jamais un cuir chevelu qui n’a pas cicatrisé.
Défrisage ou lissage : la différence
| Critère | Défrisage | Lissage brésilien ou au tanin |
|---|---|---|
| Effet | permanent sur la partie traitée | temporaire, quelques mois |
| Actif | hydroxydes ou thioglycolate | acide glyoxylique, tanins, kératine |
| Chaleur | aucune pendant la pose | fer à lisser, 150 à 230 °C |
| Repousse | retouche des racines seulement | nouveau lissage complet |
| Cheveu visé | crépu, très frisé | ondulé à frisé, crépu partiellement |
Un lissage au tanin détend la boucle sans la supprimer, avec un résultat partiel sur les boucles les plus serrées : c’est l’option moins radicale pour un cheveu crépu fragile. Le lissage japonais, au thioglycolate, lisse lui aussi de façon permanente, mais ne se pose jamais sur un cheveu déjà défrisé aux hydroxydes. Le défrisage, lui, transforme durablement, et demande en échange une discipline stricte sur les racines. Pour situer chaque technique face aux autres, et savoir ce qu’on peut enchaîner avec une couleur, le dossier des lissages et soins profonds les compare actif par actif.
