Sommaire
En bref
Une décoloration des cheveux éclaircit la fibre en oxydant ses pigments naturels. Le volume d’oxydant se choisit d’après la hauteur de départ, la hauteur visée et la zone : les fiches techniques consultées limitent l’oxydant à 6 % (20 volumes) sur le cuir chevelu et réservent le 9 % (30 volumes) aux longueurs, hors cuir chevelu. Le règlement européen plafonne le peroxyde d’hydrogène à 12 % (40 volumes) dans un produit capillaire. Au-delà de trois ou quatre tons, plusieurs séances espacées abîment moins qu’une seule.
Ce qui se passe dans le cheveu
La couleur naturelle des cheveux vient des mélanines, logées dans le cortex. Le mélange de poudre décolorante (ou de crème décolorante) et d’oxydant ouvre la cuticule, puis oxyde ces pigments : le cheveu perd de la couleur, ton après ton. Le mouvement ne s’arrête pas tout seul à la hauteur voulue : c’est le rinçage qui le stoppe, d’où l’intérêt de surveiller la mèche plutôt que la montre. C’est la technique la plus forte de notre dossier sur la coloration des cheveux, plus forte qu’une coloration éclaircissante, qui dépose des pigments en même temps qu’elle éclaircit un peu.
Deux conséquences pour le lecteur :
- Une couleur n’éclaircit pas une couleur : sur des cheveux déjà colorés, seule la décoloration retire les pigments artificiels. Le résultat dépend alors du type de coloration posée avant, plus que de votre base naturelle.
- Le cheveu en sort sensibilisé : la cuticule a été ouverte, la fibre est plus poreuse, et les pigments qu’on posera ensuite partiront plus vite.
Quel volume d’oxydant selon la hauteur de départ
Le volume indique la quantité d’oxygène que libère l’oxydant. Les étiquettes affichent les deux unités : 3 % = 10 volumes, 6 % = 20 volumes, 9 % = 30 volumes, 12 % = 40 volumes. Plus le volume est élevé, plus l’éclaircissement est rapide, et moins il se contrôle.
| Hauteur de départ | Hauteur visée | Écart | Fonds traversés | Oxydant selon les fiches | Séances que nous conseillons |
|---|---|---|---|---|---|
| 7, blond | 9 à 10 | 2 à 3 tons | jaune, jaune clair | 6 % sur les racines, 6 à 9 % sur les longueurs | une |
| 5 ou 6, châtain clair, blond foncé | 8 | 2 à 3 tons | orangé, jaune-orangé, jaune | 6 % sur les racines, 9 % hors cuir chevelu | une |
| 5 ou 6 | 10 | 4 à 5 tons | jusqu’au jaune très clair | 9 % hors cuir chevelu, jamais sur la peau | deux, espacées |
| 3 ou 4, châtain foncé, châtain | 7 | 3 à 4 tons | rouge, rouge-orangé, orangé | 6 % sur les racines, 9 % hors cuir chevelu | une ou deux |
| 1 à 3, noir, brun | 9 ou plus | 6 tons et plus | tous, du rouge au jaune clair | décidé au diagnostic | plusieurs, espacées |
Ces volumes sont ceux des notices de poudres professionnelles consultées : chez Schwarzkopf Professional, la poudre annoncée jusqu’à 9 tons s’emploie avec un révélateur à 2 % ou 6 % sur ou hors cuir chevelu, et à 9 % hors cuir chevelu seulement, mélangée de 1 pour 1,5 à 1 pour 2,5. Un oxydant à 12 % existe, mais il sert des produits précis (argiles pour le balayage à main levée, éclaircissants à forte couverture des blancs), jamais une poudre posée sur la peau.
Les fonds d’éclaircissement
En perdant ses mélanines, le cheveu passe par des fonds chauds que le référentiel du CAP coiffure donne hauteur par hauteur :
- 4, châtain : rouge
- 5, châtain clair : rouge-orangé
- 6, blond foncé : orangé
- 7, blond : jaune-orangé
- 8, blond clair : jaune
- 9, blond très clair : jaune clair
- 10, blond très très clair : jaune très clair

C’est pour cela qu’un blond décoloré « jaunit » : il n’a pas viré, il montre son fond. Ce reflet jaune ou orangé est l’effet normal de la décoloration, pas un défaut du produit. On ne décolore pas plus pour l’effacer : on le neutralise avec une patine de la couleur opposée, violette sur le jaune, bleue sur l’orangé.
Ce qu’il y a dans le bol
Sur l’étiquette d’une poudre et de son oxydant, la composition fait apparaître trois familles d’ingrédients :
- Les persulfates (INCI : AMMONIUM PERSULFATE, par exemple), rangés par la base européenne CosIng dans les fonctions « décolorant » et « oxydant ». Ce sont des allergènes connus : l’Anses les cite parmi les substances en cause dans ses déclarations de cosmétovigilance de 2019 à 2025.
- Le peroxyde d’hydrogène (HYDROGEN PEROXIDE), inscrit à l’annexe III, entrée 12, du règlement (CE) n° 1223/2009 : 12 % au plus dans un produit capillaire, présent ou libéré. L’étiquette doit porter « Contient du peroxyde d’hydrogène », « Porter des gants appropriés » et « Éviter le contact avec les yeux ».
- L’ammoniaque, à l’annexe III, entrée 4 : 6 % au plus, avec la mention « Contient de l’ammoniaque » au-delà de 2 %.
Statuts vérifiés sur CosIng le 5 novembre 2026. Dans son bulletin Vigil’Anses d’avril 2026, l’Anses compte 124 déclarations d’effets indésirables liés aux colorations et décolorations entre 2019 et 2025, dont des brûlures du cuir chevelu et des troubles respiratoires. Les coiffeurs sont exposés aussi : sur six déclarations concernant des professionnels, quatre portaient sur des pathologies respiratoires. Une poudre se dose sans la faire voler, dans une pièce aérée, gants aux mains.
Protéger la fibre
Les protecteurs de liaisons sont vendus en additif ou intégrés à la poudre. Schwarzkopf Professional présente le sien comme une technologie qui protège les liaisons capillaires pendant le traitement pour limiter la casse. Ils réduisent les dégâts ; ils ne transforment pas un éclaircissement de six tons en geste anodin.
Ce qui protège le plus reste le réglage :
- Le plus petit volume qui atteint la hauteur voulue, et du temps plutôt que de la force.
- Des cheveux secs, non lavés de la veille selon de nombreuses notices, pour que le sébum protège un peu le cuir chevelu.
- Les longueurs déjà éclaircies épargnées : on ne redécolore que la repousse.
- Un test de mèche sur une zone cachée : il montre le fond obtenu, le temps nécessaire et l’état de la fibre après rinçage.
Décolorer chez soi : jusqu’où aller
Schwarzkopf, qui vend aussi des décolorants grand public, fixe lui-même la limite : une décoloration maison doit rester un éclaircissement modéré, sur une chevelure en bon état. Sur un blond foncé, un châtain clair ou un châtain moyen, un produit éclaircissant permet souvent de gagner de 2 à 5 tons selon les formules. Au-delà, ou sur une base foncée, le fabricant renvoie vers un diagnostic professionnel.
Nous tranchons de la même façon :
- Oui chez soi : un ou deux tons sur une base naturelle, avec une crème ou une poudre décolorante de format grand public, des racines qui suivent une décoloration déjà faite, avec la même référence et le même volume.
- Non chez soi : une brune qui vise un blond très clair, des cheveux déjà colorés en foncé, des longueurs sensibilisées, un cuir chevelu irrité.
Le kit grand public est réglé pour une tête entière posée en une fois ; c’est précisément ce qu’on évite sur des longueurs déjà éclaircies.
Les étapes
- Le matériel : bol et pinceau non métalliques, gants, pinces, serviette, minuteur, notice sous les yeux.
- La touche d’essai que demande la notice, et le test de mèche.
- Le mélange : poudre et oxydant dans la proportion de la notice, jusqu’à une crème lisse ; il se prépare au dernier moment.
- Les sections : quatre quartiers au moins, des mèches fines pour que le produit couvre bien.
- Les longueurs d’abord, à un ou deux centimètres de la racine : la chaleur du cuir chevelu fait éclaircir la racine plus vite.
- Les racines ensuite, avec l’oxydant le plus faible.
- La pose : de 20 à 45 minutes selon les fiches, en contrôlant la couleur toutes les dix minutes, sans jamais dépasser le temps maximal de la notice.
- Le rinçage à l’eau tiède, puis un shampooing doux et un soin.
- La patine, si le fond doit être neutralisé.

Après la décoloration
Le cheveu décoloré est plus poreux : il boit les soins, mais il perd aussi plus vite les pigments qu’on lui pose ensuite.
- La patine règle le fond jaune ou orangé. Pour une patine faite à la maison, Garnier conseille d’attendre au moins 48 heures après la décoloration.
- Le shampooing doux, l’eau tiède et un soin à chaque lavage limitent la casse et la perte de la patine ; un shampoing violet entretient le reflet entre deux patines.
- La reprise ne porte que sur la repousse, à la même hauteur que les longueurs.
Avant d’enchaîner un lissage, une permanente ou une nouvelle coloration, demandez au coloriste de vérifier l’état de la fibre : chaque technique chimique s’ajoute à la précédente.
Cheveux noirs ou colorés
Sur une base 1 à 3, l’éclaircissement traverse le rouge, puis l’orangé, avant d’atteindre le jaune. Schwarzkopf le dit sans détour : il faut souvent plusieurs séances espacées pour préserver la fibre. Viser un blond froid sur une brune en un après-midi, c’est accepter la casse.
Sur des cheveux colorés, le produit attaque d’abord les pigments artificiels, de façon moins prévisible : une ancienne coloration foncée peut laisser un fond rouge tenace. Le henné et les colorations végétales posent un autre problème, traité dans leur page.
Quand arrêter et quand consulter
Rincez immédiatement les cheveux si, pendant la pose, vous sentez une brûlure ou des picotements qui montent, ou si le cuir chevelu rougit fortement. Après la décoloration, consultez un médecin en cas de plaques, de suintement, de croûtes ou de démangeaisons qui durent.
Un gonflement du visage, une gorge qui serre ou une gêne pour respirer sont une urgence : l’Anses recommande d’appeler le 15 ou un centre antipoison en indiquant le produit. Gardez l’emballage au moins un mois, comme le recommandent les autorités sanitaires pour les colorations : la composition qui y figure aide le médecin. Déclarez ensuite l’effet indésirable sur le portail de signalement du ministère de la Santé ; c’est ainsi que l’Anses repère les substances à surveiller.
